L comme Laboureur

« Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France », l’Histoire attribue ces mots à Sully, ministre d’Henri IV, et contemporain de notre aïeul Jean « le Jeune », laboureur à l’Hôte du Bois (aujourd’hui La Salle dans les Vosges).

Si la France de l’Ancien régime était peuplée de quelque 80 à 85 % de ruraux, on peut affirmer sans hésiter que des centaines et milliers d’ancêtres rencontrés par les généalogistes sont à plus de 95 % des ruraux.

Notre famille paternelle en est un exemple parfait, puisque ce n’est qu’après la guerre 14‑18 avec un de nos aïeux (en l’occurrence mon grand-père Paul) que commence « l’éparpillement » de la famille…

La terre était la valeur de référence au plan économique. C’est à l’aulne de la terre et de ce qu’elle produisait que tout était tarifié. Les loyers étaient payés pour une grande partie en nature, souvent en boisseaux de blé, et au 19e siècle encore les fortunes s’exprimaient volontiers en hectares.

Tout tournait tellement autour de la terre et l’activité agricole qu’un grand nombre d’expressions (aujourd’hui encore employées) en découlent directement comme « sur-le-champ », « à tout bout de champ », « être sur la paille », « être fauché » ou encore « mettre la charrue avant les bœufs »…, sans oublier nombre de noms communs tel que le grenier : du nom de l’endroit où l’on entreposait les grains ; ou des verbes tel déblayer, venu de « desblaer » signifiant enlever les grains coupés…

Ainsi en est-il également de la « Patrie », qui n’est bien sûr que la « terre » de nos ancêtres !

On peut aussi rappeler que les noms de famille issus du monde paysan représentent plus de la moitié des patronymes et cela dans toutes les régions, et que les noms de lieux se sont souvent formés à partir du sol ou de son exploitation.

La condition agricole au 16e siècle

Nos ancêtres vivant de la terre ou la travaillant étaient si nombreux et si divers qu’ils ne sauraient évidemment tous se situer au même niveau :

               Tout en haut se trouvaient les « dominants » et les « grands » : aristocrates et bourgeois, propriétaires vivant des revenus de leurs terres, soit plusieurs strates sociales ayant pour point commun de posséder des terres sans jamais la cultiver elles-mêmes. Ils étaient souvent sans contact avec les autres strates, en dehors des relations économiques, hormis pour les éventuels parrainages honorifiques, assez répandus, par lesquels un propriétaire ou sa femme acceptait d’être le parrain ou la marraine du bébé de ses fermiers ou métayers… Il ou elle ne fera jamais pour autant sauter l’enfant sur ses genoux… !

               Venaient ensuite les intermédiaires : les régisseurs, parfois nommés « domaniers » ou « fermiers généraux », qui géraient les terres des précédents, tout en profitant de la situation pour souvent abuser leur confiance et léser leurs intérêts, en même temps qu’ils abusaient de leur position vis-à-vis des subalternes. Ils étaient les seuls à pouvoir espérer gravir efficacement les degrés de l’échelle sociale.

               Suivait la strate des paysans semi-indépendants, plus ou moins aisés et évolués, constituant le monde des « coqs de village ». Ils savaient généralement lire et compter, signer, parfois écrire. Ils possédaient presque toujours des terres, des animaux et un troupeau, ou au moins un attelage. Ils employaient volontiers valets et servantes et faisaient appel à une main d’œuvre d’appoint en été, lors des gros travaux.

On comptait parmi eux le « marchand fermier » et les gros laboureurs aisés… Ce monde avait pour trait commun d’être exigeant quant à ses choix matrimoniaux : on se mariait entre soi, volontiers avec des familles déjà alliées à la sienne, sinon on recherchait, selon sa position, des filles de notaire ou de bourgeois, des filles d’aubergistes ou d’artisans importants (bouchers, tanneurs…), de forgerons, ou encore de meuniers ou de maréchaux-ferrants.

Il semblerait au vu des différentes unions (frère et sœur épousant sœur ou frère – mariages entre cousins germains) que mes ancêtres vosgiens faisaient partie de cette strate de paysans.

               Arrivaient ensuite les laboureurs moyens, qui faisaient véritablement figure de « Français moyens ». Tous ne possédaient quasiment pas de terres et n’avaient pour seule richesse qu’un attelage (voir un demi-attelage : on parlait alors de laboureurs « à demi-charrue ». Ils s’alliaient avec les familles de la classe inférieure ou du petit artisanat (comme les tonneliers ou les charpentiers).

           Au bas de l’échelle, enfin, on trouvait tous les dépendants, avec les nombreux « journaliers », travaillant à la journée et les « manouvriers », vivant du travail de leurs mains, à peine au-dessus des légions de domestiques, charretiers, valets, pâtres, vachers et servantes…, qui s’alliaient généralement entre eux, ou avec d’autres, humbles, comme les tisserands.

Le laboureur exploitait un domaine plus ou moins vaste, mais une superficie cultivable de cinq hectares était un minimum pour vivre. Les cultures produisaient, quand on peut le savoir, six à huit grains récoltés pour un semé. On a donc des rendements plus élevés qu’en l’An Mil. La fumure était de plus en plus fréquente.

Mais la nouveauté majeure concerne l’économie domestique, le travail du jardin, du verger (souvent le travail des femmes) des champs, de l’élevage longuement exposé et développé par Olivier de Serres dans son ouvrage publié en 1600, le fameux Théâtre d’agriculture et Mesnage des champs.

Les grandes différences agricoles d’une région à l’autre sont désormais affirmées, bocage ou champ ouvert, lande ou vignoble ; on voit se constituer des paysages qui donnent une nouvelle identité à des pays, à des terroirs…

La découverte de l’Amérique fut aussi pleine de conséquences agricoles. On tente, parfois avec succès, la culture du haricot, de la pomme de terre (qui retombera ensuite dans l’oubli durant presque deux siècles !) et surtout du maïs.

Cette renaissance agricole, marquée par une diversification des cultures a toutefois ses limites. On ne voit guère d’innovation technique. Tout au plus peut-on songer à quelques améliorations des instruments aratoires, notamment l’araire et la charrue.

Au début du 16siècle, la France fut le théâtre des nombreux événements désastreux qui empoisonnèrent la vie de nos ancêtres. Les épidémies de peste, apparaissant à intervalles réguliers, touchaient d’abord les villes, mais aussi rapidement les campagnes, car la population citadine fuyant vers les villages les contaminait. Les guerres de religion firent aussi couler beaucoup de sang dans tout le royaume.

Conséquence directe de ces événements une mortalité élevée suivie de partage après décès. C’était l’époque de concentration des terres. On cherche à grouper des terrains, bourgeois et riches « marchands laboureurs »achetèrent des terres

En 1571, le roi Charles IX devra prendre une mesure protégeant les paysans endettés en interdisant la saisie de leurs animaux et de leurs outils de labour Il leur accordait même un délai de trois ans pour rembourser…

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *