Les étranges prénoms portés par mes premiers aïeux vosgiens

 

               Demange : ou sa déformation phonétique Demenge.

C’est le prénom porté par le plus ancien ancêtre (sosa 8192), que j’ai pu retrouver, né à Brouvelieures vers 1490

C’est un prénom que l’on trouve à cette époque essentiellement dans le département actuel des Vosges (un peu aussi en Meurthe-et-Moselle et en Moselle). On le retrouve aujourd’hui dans le même secteur, comme nom sous les formes de Demangel, Demangeon, Demangeot…

Certains (qui se veulent érudits) affirment que Demange pourrait être une dérivation de « mangari » (man = homme, gari = lance) un nom d’origine germanique, ainsi étymologiquement Demange serait l’homme à la lance…, donc un guerrier ou un chasseur ?

Pour d’autres, Demange serait une déclinaison phonique de dimanche. Ainsi, Demange pourrait à l’origine être un prénom donné à un enfant né un dimanche…,

Pourtant, je pense que l’origine la plus probable est la suivante :aux xve et xvie et même encore au xviie siècle, la Lorraine parlait exclusivement le patois et Demange, serait la forme régionale et patoisée de Dominique. Cette probabilité se trouve confirmée par un message que m’a laissé sur le « net » Christian Herbé, dans le cadre d’un groupe de discussion généalogie vosgienne. Il trouve dans sa généalogie « un certain POIREL prénommé Demange lors de son baptême qui devient Dominique sur son acte de mariage. »

 

               Mangeon : ou sa déformation Mengeon

Il n’y a aucun doute, il s’agit ici d’un hypocoristique (intention affectueuse, caressante) de Demange, au même titre que les Mengin, Mangel, Mengeot…, que l’on retrouve dans toute la Lorraine.

Il n’est donc pas étonnant que le fils du précédent (mon sosa 4096) soit prénommé Mangeon Demange

Nous trouvons aussi dans notre généalogie des Mangeotte : il s’agit bien sûr de la féminisation du prénom Mangeon.

 

               Quirinne : féminin de Quirin.

Quirin vient du nom de personne latin Quirinus. Plusieurs saints ont porté ce nom, tous des martyrs. Le plus célèbre d’entre eux fut saint Quirin, évêque de Scicia, en Pannonie (région située à cheval entre la Hongrie et la Yougoslavie, ou du moins ce qu’il en reste). Il est fêté le 4 juin et fut martyrisé par Maxime, premier magistrat de la ville. Son supplice est surtout célèbre par le fait que, alors qu’on l’avait précipité dans l’eau avec une meule de moulin au cou, il continua à flotter, exhortant les chrétiens à demeurer fermes dans leur foi.

Ceci dit, ce n’est pas ce saint qui était honoré dans l’Est (88, 67, 57, 54), où le patronyme est assez fréquent. Le « notre » a donné par ailleurs son nom à une commune de Lorraine. En effet une légende veut que « les ossements d’un Saint-Quirin, martyr à Rome, étant transportés vers Neuss, en Allemagne, quand soudain à hauteur du village, le coffre contenant les reliques glissa du chariot le portant et resta au sol…, comme si le saint avait souhaité qu’on lui bâtisse, là, une église en cet endroit ».

 

               Curienne : féminin de Curien

Curien est un ancien prénom de la fin du Moyen Âge1aujourd’hui disparu, mais qui est devenu aujourd’hui un patronyme français présent en Lorraine, et particulièrement dans le département des Vosges.

Curien est une variante Lorraine du prénom ancien Quirin,

D’autres variantes de Quirin et Curien : Quirien, Curin, Cunin, Cuny ou encore Cunat, tous étant également des anciens prénoms, hypocoristiques de Quirin, devenus des patronymes français actuels, caractéristiques pour la plupart du département des Vosges et de la Lorraine.

 

               Collatte

Le prénom de Collatte est à rapprocher des noms de Colle (fréquent dans les Vosges), de Colin (Meurthe-et-Moselle), Collin (Haute-Marne), de Colet (Vosges) ou encore de Collez (Vosges et Territoire de Belfort) qui ont tous la même origine. C’est le prénom porté vers 1600 par la sœur de mon sosa 2048.

Ils sont tous formés par aphérèse de Nicolas, saint protecteur- de la Lorraine depuis 1477

Un peu d’histoire : Nicolas, évêque en Anatolie, dans l’actuelle Turquie, au 3e siècle. était réputé pour sa charité. Après sa mort, les miracles commencent. Au 11e siècle, sa relique est transportée en Italie, puis, en 1098, un chevalier lorrain du nom d’Aubert de Varangéville rapporte une phalange du saint, à Port près de Nancy. Elle est déposée dans une chapelle et Port deviendra Saint-Nicolas de Port.

Mais le mythe fondateur, c’est la bataille de Nancy : René II, duc de Lorraine, affronte en 1477 l’armée de Charles le Téméraire. Il place ses troupes sous la protection du saint et triomphe : le saint va rester définitivement attaché à la Lorraine,

« Saint Nicolas est ce qu’on appelle aujourd’hui un marqueur identitaire pour les Lorrains du Nord comme du Sud. C’est notre trait d’union, quelle que soit notre origine mosellane, nancéienne, meusienne ou vosgienne » explique Denis Schaming, Chancelier des Amis de Saint-Nicolas-des-Lorrains à Rome.

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